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C’est un vrai chamboule tout financier qui s’annonce dans la presse quotidienne. On ne compte plus les éditeurs de presse à la recherche de capitaux : le groupe Sud-Ouest, le groupe Hersant Médias, le groupe Le Monde… Ceux qui n’ont pas besoin de capitaux ont choisi cette période tendue pour remettre en cause leurs participations. Ainsi de Lagardère qui négocie les siennes dans Le Monde, mais aussi dans le groupe Amaury, l’éditeur du Parisien et de L’Equipe, et dans le groupe Marie Claire, l’un des premiers éditeurs de presse féminine en France. A-t-on déjà vu pareil chamboule tout dans les médias ? Pareille concordance dans les grands arbitrages d’actionnariat des médias français ?
Le souci, c’est que ces appels de fonds sont lancés dans un paysage dévastés par deux années de crise extrêmement violente dans l’économie en général et dans les médias en particulier. Ils tombent au plus mauvais moment. Saignés par l’effondrement de leurs recettes publicitaires, affaiblis par la chute des ventes et de la lecture en France, les grands groupes de presse ont un besoin absolu d’argent frais. De leurs côtés, les investisseurs ont bien compris maintenant que les rentabilités de la presse ne sont pas celles des nouvelles technologies ni même celles de la production audiovisuelle.
Pour les cabinets de fusion acquisition mandatés pour finaliser ces opérations, l’exercice n’est pas simple… Rompus par la crise, les médias sont de plus en plus nombreux à se jeter dans le giron des fortunes industrielles, seules aptes à sacrifier la rentabilité de leurs actifs pour la gloire d’éditer. Un vrai luxe, qui explique en partie la très chique palette des éditeurs de presse en France où se côtoient Bernard Arnault (Les Echos), François Pinault (La Tribune), Serge Dassault (Le Figaro), Arnaud Lagardère (Lagardère Médias, l’ex-Hachette), Martin Bouygues (TF1), Vincent Bolloré (Bolloré Médias) etc.
Qu’on le veuille ou non, la responsabilité de réinventer une économie repose en grande partie sur eux, sur leur investissement personnel, leur créativité, leur aptitude à inventer ce qui peut l’être pour que le besoin d’information du public, besoin qui n’a pas faibli, continue à être comblé. Et l’iPad ne fera pas tout.
Polémique et procès à chaque sortie : avec des moyens discutables (caméra cachée et dissimulation de la qualité de journaliste), l’émission Les Infiltrés de l’agence Capa fait un carton à l’antenne de France 2 à chaque diffusion. Elle n’est pas seule à fédérer les téléspectateurs : les émissions en immersion sont la dernière tendance en télévision. Cette façon pour un animateur ou un journaliste de vivre et de raconter un sujet de l’intérieur prend actuellement comme un feu de forêt sur les antennes des chaînes hertziennes et de leurs concurrentes de la TNT.
Des émissions inspirées de Faites entrer l’accusé qui s'accumulent : dans la même veine, outre Les Infiltrés sur France 2, les immersions de Harry Roselmack à Villiers le Bel ou chez les salafistes, Disparitions sur TF1, Coupable non coupable sur M6, les enquêtes de Louis Théroux, acquises par TMC auprès de la BBC, la mensuelle Teum teum sur France 5, Génération reporters sur France 4, J’en fais mon affaire sur France 3, Le Blogueur ou Justice à Vegas sur Arte…
La société IMCA de Pascal Josèphe a fait le calcul : pas moins d’une trentaine d’émissions « en immersion » ont fait leur apparition sur les écrans des chaînes hertziennes et TNT depuis le début de 2010.
A cette flamblée, plusieurs raisons. Raisons techniques d’abord : elles sont rendues possibles par « un allègement des moyens de tournage », rappelle Pascal Josèphe. La révolution numérique met à la disposition des journalistes des matériels peu encombrants, très performants, qui permettent de pénétrer des milieux fermés sans les troubler par un déballage de caméras et de projecteurs.
Mais la technique reste un outil. Si ces émissions se multiplient, c’est que le public suit. Et le public suit parce qu’il a l’impression qu’en plongeant « en immersion », les médias lèvent enfin le voile de la vérité.
Il s’intéresse à ce qu’il ne peut ou ne pouvait pas voir, aux coulisses. C’est le sentiment de complot médiatique un peu fin de siècle qui porte à l’antenne cette flambée de « vérités », promises sans fard et sans filtre. Un moyen pour les médias d’échapper à l’image et au discours trop ressemblant, trop lisse, trop révérencieux que leur reprochent les études d’opinion.
Mais c'est aussi, en partie, un leurre qui rappelle la vraie-fausse "vérité" du Loft de M6 : le téléspectateur venait voir de vrais gens, chez eux, sans scénario et sans mise en scène. On sait ce qu'il en fut. L’immersion, pas plus que d’autres formes de mise à l’écran, ne garantit l’objectivité parfaite. Cette forme d’émission a ses atouts, cette force du vécu brut notamment, mais elle focalise nécessairement sur une réalité très circonscrite : un immeuble d’une banlieue, un micro-groupe politique ou religieux d’une ville précise. Une "focale" renforcée par le choix du sujet, sa construction, sa mise en valeur, ses coupes, ses commentaires. Des limites d’ailleurs assumées par ces émissions qui ne prétendent pas mettre en perspective, ni embrasser l’ensemble d’une problématique comme tenterait de le faire un dossier de presse écrite, mais rendre compte de ce qu’elles ont vu en un temps et un endroit précis. C’est le réel dans sa nudité, mais la nudité peut, elle-aussi, être trompeuse.
A deux ans des présidentielles, c’est la constitution d’un vaste pôle de presse politiquement situé au centre gauche qui est aujourd’hui sur le métier. Un outil majeur pour la campagne et pour le (ou les) candidats de la gauche qui se dégageront dans les mois à venir.
On se presse du coup pour reprendre Le Monde. Pris dans un étau financier sans précédent dans son histoire, le groupe de presse s’apprête en effet à perdre l’indépendance capitalistique qu’il avait su préserver depuis l’après-guerre. La gestion économe de ses managers Eric Fottorino et David Guiraud n’a pas suffi : la conjoncture a achevé ce groupe grevé de dettes, estimées à 125 millions d’euros. Le Monde a atteint l'équilibre en exploitation en 2009 mais sa perte nette, malgré ses efforts, s'est élevée à 25 millions d’euros l'an dernier.
Diffusé tous les jours à 288 000 exemplaires en 2009, le quotidien dit « de référence » sera le 30 juin face à une échéance bancaire majeure, à laquelle il ne pourra répondre sans l’apport d’argent frais d’un actionnaire capable d’investir… quelques dizaines de millions d’euros. Le jeu en vaut la chandelle, semblent estimer plusieurs acteurs du marché, le groupe Le Monde pesant 397 millions de chiffre d’affaires.
Quatre candidats sont ainsi aujourd’hui en course : l’Espagnol Prisa, éditeur du quotidien El Pais, le groupe Nouvel Observateur-SFA de Claude Perdriel, propriétaire de Challenges (et de son site Internet Challenges.fr), le tandem constitué du banquier Matthieu Pigasse, patron de Lazard France et propriétaire des Inrockuptibles, et du financier Pierre Bergé, présent au capital de Libération, et peut-être l’industriel italien Carlo De Benedetti.
Mais à ce jour, seuls deux d'entre eux ont officiellement déposé une offre, le tandem Pigasse-Bergé et Claude Perdriel.
Les tractations en cours autour du capital de Prisa handicapent la liberté de manœuvre du groupe espagnol d’ici au 30 juin. Cette incertitude est difficile à gérer pour Le Monde. Le patron de Lazard devra, lui, convaincre le groupe de presse que ses rédacteurs resteront à l’abri des tentatives d'influences possibles des clients de la banque d’affaires. Démarché par des représentants des sociétés de personnel du Monde voilà un mois, Claude Perdriel avoue n’avoir d’abord « pas eu d’idée ». « J’étais désolé car je trouvais qu’adosser Le Monde et El Pais, c’était une bonne chose, assure-t-il. Et puis, en rentrant chez moi, j’ai trouvé triste ce qui arrivait. J’ai cogité sur la possibilité de trouver une solution. Vu mon âge, je n’étais pas très chaud, mais j’ai sauté le pas et j'ai fait des propositions ».
Claude Perdriel offre ainsi de reprendre Le Monde et l’ensemble de ses filiales, y compris la filiale Internet Le Monde Interactif, à une large majorité, entre 60 à 70% du capital. Le patron de presse, qui n’envisage pas de cession par la suite, évalue l’opération à 60 millions d’euros « minimum ». Il ne souhaite pas fusionner Le Monde avec le groupe Nouvel Observateur (éditeur du Nouvel Observateur, de Challenges et de Sciences et avenir). Les deux groupes conserveraient leur autonomie : Le Monde deviendrait une filiale à quelque 60% du groupe SFA, au même titre que le groupe Nouvel Observateur est une filiale à 92%.
Le Monde reste un gros morceau pour Le Nouvel Observateur SFA, qui a généré une activité de 305 millions d’euros la même année. Mais le groupe de Claude Perdriel ne supporte aucune dette. Le patron de presse, qui ne souhaite pas donner à ce stade les détails du montage financier, prévoit de céder une partie de son patrimoine mobilier et immobilier et de contracter un emprunt. Il se dit prêt à rembourser les dettes du Monde à l’issue de négociations qu’il confiera au président du conseil de surveillance depuis février 2008, l’ancien patron de Renault Louis Schweitzer.
Cette opération, qui offrirait au repreneur du Monde un groupe de près de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 60 millions investis, comporte une exigence : il faut remettre à flot le navire Le Monde. « David Guiraud et Eric Fottorino ont effectué un travail considérable, estime Claude Perdriel. Je n’en attends aucune rentabilité à titre personnel, dit-il. Mais je suis persuadé qu’il est possible de faire du Monde une entreprise qui ne perd pas d’argent, à condition de pratiquer une politique rigoureuse ».
Dans cette affaire, la Société des rédacteurs du Monde (SRM) qui détient un droit de veto sur les nouveaux entrants au capital dispose des clés de l’avenir. A leur intention, Claude Perdriel assure qu’il ne se lancera qu’avec l’accord de la SRM, qu’il proposera aux journalistes du Monde les mêmes garanties d’indépendance éditoriale qu’aux journalistes du Nouvel Observateur et qu’il ne pratiquera pas de plan social dans les personnels du groupe de presse.
Enfin, Claude Perdriel n’envisage d’alliance capitalistique ni avec Matthieu Pigasse, ni avec Carlo De Benedetti.
S’il voyait le jour, ce rapprochement du Monde et du groupe Nouvel Observateur donnerait naissance à un pôle de presse de centre gauche de 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, doté d’un des deux premiers quotidiens français (avec Le Figaro), Le Monde, du premier magazine hebdomadaire d’actualité, Le Nouvel Observateur (500 000 exemplaires de moyenne en 2009), du premier hebdomadaire culturel, Télérama (633 000 exemplaires) et du premier hebdomadaire économique, Challenges (250 000 exemplaires).
Mais la course ne fait que commencer, les candidatures ne sont peut-être pas encore au complet. Quoi qu’il en soit, l’échéance de l’accord capitalistique de fin juin ne pourra pas, semble-t-il, être repoussée. Le processus sera donc très rapide.
La place de directeur de la rédaction d’Europe 1 est libre. Pour Marc-Olivier Fogiel ? Laurent Guimier, nommé directeur de la rédaction de la station en juillet 2008 à 37 ans, quitte en effet ses fonctions pour prendre la direction générale adjointe de Newsweb, filiale du groupe Lagardère qui se présente comme « le premier groupe média Internet sur la cible masculine ».
Newsweb rassemble les sites Boursier.com, Sports.fr, Sport4fun.fr, football.fr, autonews.fr, lejdd.fr, parismatch.com ou sport4fungames. Il emploie 45 journalistes et vend ses services à d’autres groupes médias. Journaliste à Europe 1, puis patron du Figaro.fr, il était directeur de la rédaction d’Europe 1 depuis juillet 2008, où il avait remplacé Benoît Duquesne.
C’est Marc-Olivier Fogiel, aujourd’hui en charge du « fil » de la matinale d’Europe 1, qui semble le mieux placé pour succéder à Laurent Guimier dans ses fonctions.
Moins de trois ans après son acquisition auprès du groupe LVMH, le Pdg de Nextradio Alain Weill cède la majorité du capital du quotidien La Tribune à sa directrice générale Valérie Decamp. Contacté hier soir par Challenges, Alain Weill démentait cette information. Une réunion du personnel de La Tribune se tient aujourd'hui à 15 heures.
C’est une nouvelle période qui s’ouvre pour le quotidien économique diffusé à 67 295 exemplaires en 2009 (-10% sur un an). "La rédaction est sous le choc", assure une élue du personnel.
10 millions de trésorerie
Joint aujourd'hui, Alain Weill explique ce revirement stratégique. « C’est une affaire compliquée, dit-il de La Tribune. Il lui faut un président à plein temps. J’ai considéré, après avoir consulté pas mal de candidats, que Valérie Decamp était la mieux placée pour réussir cette mission ». Une mission qui consiste à préparer le journal à l’arrivée des tablettes Internet, type IPad, à redresser l’économie encore très déficitaire du titre et à préparer l’augmentation de capital du journal.« La Tribune était bénéficiaire en mars, assure Alain Weill. Nous avons assaini la diffusion en 2009 (d’où la chute des ventes, ndlr). Depuis le début de l’année, la diffusion a cru de 10%. Valérie Decamp a un an devant elle et dix millions d’euros de trésorerie, poursuit Alain Weill. Je lui propose de prendre la présidence de La Tribune et 80% des actions pour un euro symbolique ».
Soucieux de ne pas présenter cette décision pour un lâchage, Alain Weill s’appuie sur sa propre expérience, lorsqu’il avait repris RMC alors en très mauvaise posture : « Si j’ai réussi avec RMC, dit-il, c’est parce que je me suis investi totalement, parce que c’était la chance de ma vie. Pour Valérie Decamp, c’est aussi la chance de sa vie : elle n’a jamais connu d’échec, elle a ramené Métro aux bénéfices. Avec cette opération, je donne plus de chances à La Tribune de franchir les étapes ». Pas sûr que les salariés soient du même avis...
A peine réglé le sort du Monde où l’ombre de Nicolas Sarkozy a fortement contribué à embraser le dossier, revoilà notre président de la République en personnage principal sur la scène des médias : il doit nommer dans les jours ou les semaines qui viennent le futur président de France Télévisions. Mercredi après-midi 30 juin, le tandem Pfimlin-Cottet, qui venait de supplanter le patron d’Europe 1 Alexandre Bompard en tête des favoris, apparaissait à nouveau moins crédible. On en sort plus. Les journaux soufflent depuis des mois le chaud et le froid. Qui le président de la République nommera-t-il ? Et le président lui-même sait-il comment se sortir de cet exercice à haut risque, de ce piège infernal puisque toute décision, quelle qu’elle fut, sera suspecte.
Bon courage au futur président de France Télévisions...
Ce piège, Nicolas Sarkozy se l’est consciencieusement tendu à lui-même, en s’arrogeant la prérogative de nommer l’homme qui succèdera à Patrick de Carolis. La puissance de Sarkozy dans les médias est destructrice. Pour lui-même comme pour tous ceux qui lui doivent leur poste. Bon courage au futur président de la télévision publique, que ce soit Rémy Pfimlin ou Alexandre Bompard…
L’intervention intempestive du président auprès d’Eric Fottorino en défaveur de l’offre Bergé-Niel Pigasse n’aura guère arrangé une cote de popularité au plus bas. Elle aura surtout provoqué un raz de marée de votes des salariés du Monde en faveur du trio, dans le sens inverse à celui souhaité par l'Elysée.
La nomination de Jean-Luc Hees à la tête de Radio France, directement par le président de la République, et la proximité du patron de France Inter, Philippe Val, avec Carla Bruni-Sarkozy, ont transformé leur présidence en enfer. Leur légitimité est contestée en interne, conspuée par des « humoristes » mués en snipers. Chacune de leurs décisions est entachée de suspicion. La pire des situations pour gérer ces entreprises délicates.
La sollicitude de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des médias aurait pu être une chance pour régler les nombreux défis posés à une industrie en plein doute. Les états généraux de la presse ont d’ailleurs permis d’avancer. Mais en France plus qu’ailleurs, les relations entre politique et médias sont explosives. Prétexte à des centaines de milliers de sujets, Nicolas Sarkozy a nourri la profession mieux que personne. Deux ans avant et deux ans après son élection, toutes les Unes de presse qui lui étaient consacrées enregistraient des ventes supérieures à la moyenne dans les kiosques. L’intérêt des médias pour Sarkozy a fait tourner l’industrie comme jamais.
Ondes de choc
Le problème, c’est que cette sollicitude est réciproque. Or, en période de divorce avec l’opinion, la passion de Sarkozy pour les médias continue d’alimenter une machine qui ne délivre plus que des coups. Le président devrait l’avoir compris. Que dire de l’intervention auprès d’Eric Fottorino qui s’en sera habilement servi ? Qu’avait à gagner Nicolas Sarkozy dans cette effarante intrusion ? Pourquoi s’est-il arrogé clairement ce pouvoir de nomination du président de France Télévisions ?
Il faut en revenir à cette explication, vieille comme l’observation des médias : davantage encore que la politique, les médias rendent fou. Le cocktail des deux, politique et médias, ne se contente pas, lui, de rendre fou. Cet engin incendiaire provoque des déflagrations dont nul ne mesure l’onde de choc, et surtout pas Nicolas Sarkozy…
Ah l’heureux homme ! Il fallait lire attentivement le Journal officiel du dimanche 27 juin 2010 comme l'a fait l'un de mes amis pour tomber, en pleine affaire Woerth-Bettencourt, sur cette « mesure nominative » pleine de saveur. Patrick de Carolis, remplacé à la tête de France Télévisions par Rémy Pfimlin, entre à l’Académie des beaux-arts. Il y occupera le fauteuil de… l’ancien ministre André Bettencourt, l’époux de l’héritière de L’Oréal.
Ainsi se rejoignent deux affaires qui auront submergé nos médias ces dernières semaines : d’abord la vraie fausse affaire Woerth, du nom du ministre traîné dans la boue depuis des semaines, jusqu’ici sans le moindre grief susceptible d’être porté en justice. Ensuite, l’extraordinaire feuilleton d’une succession à la tête de France Télévisions, succession qui n’était pas nécessaire et qui n’aura cessé de puruler.
La dimension politique fut omniprésente cette année dans la plupart des dossiers médias, avec un sommet atteint dans l’affaire de la recapitalisation du Monde. C’est une constante française : l'administration de la cité n’est jamais très loin du très sensible secteur médiatique. La personnalité de Nicolas Sarkozy, passionné de médias, intrusif, parlant trop, agissant trop et remuant comme un éléphant blessé dans un magasin de porcelaine, n’a évidemment rien arrangé. Tout ceci nous promet de belles heures à la rentrée.
Le rapprochement de l’échéance présidentielle a peu de chance de couvrir le feu qui fait bouillir le chaudron médiatique... Dès la rentrée, les points chauds ne manqueront pas, de France Télévision à Radio France en passant par le monde en mutation de la presse. Bonnes vacances et à très vite !
Quelle entreprise résisterait à pareil traitement ? Un changement de président et de direction générale tous les cinq ans, le tout accompagné d’un virage stratégique plus ou moins serré ! Avec cette règle, réservée au service de l’audiovisuel public à l’exclusion des chaînes privées, le précieux mercato de rentrée dans les médias a bien commencé. A lui seul, le nouveau patron de France Télévisions vient de déshabiller plusieurs médias en recrutant par exemple Emmanuelle Guilbart, directrice du pole TV de Lagardère Interactive et Pdg des chaînes du groupe Gulli, Virgin 17 (vendue à Bolloré), MCM, Mezzo, June, Tiji et Canal J. Elle est la nouvelle directrice générale déléguée aux programmes, chargée de plancher sur la stratégie de France 4. Bruno Patino, ex-patron de France Culture laisse sa place à Olivier Poivre d’Arvor pour prendre en charge la direction générale déléguée auprès du président de France Télévisions, en charge du développement numérique du groupe et du développement de France 5. Thierry Thuillier quitte iTélé, il sera en charge des rédactions de France Télévisions en remplacement d’Arlette Chabot.
A M6, la longévité de l’équipe de présidence, le tandem Nicolas de Tavernost-Thomas Valentin, a fait une bonne part du succès de la chaîne comme, à TF1, la permanence du tandem Le Lay-Mougeotte. Dans le monde de l’entreprise, les plus prospères sont souvent les sociétés familiales qui appliquent des stratégies de long terme. Les entreprises d’Etat et singulièrement les médias d’Etat en sont loin, voués à une conduite chaotique, ponctuée de changements de pilotes et de virages stratégiques à l’infini. Une aubaine pour les lobbies de tous poils et les influenceurs de l’ombre. Un vrai boulet pour les salariés, les fournisseurs et les téléspectateurs qui pâtissent des baisses de qualité, le temps que les nouvelles organisations s’installent et que les nouveaux talents donnent leur mesure.
L’entreprise France, seule, subit le même traitement d’instabilité quinquennale. Un modèle ?
La politique peut à tout instant transformer l’actualité médiatique en bombe à fragmentation incontrôlable. Deux éléments ajoutent actuellement de l’huile à ce feu couvant.
Le premier, c’est évidemment l’approche de l’élection présidentielle. Ce rendez-vous majeur de la vie politique française motive un nombre croissant de mouvements et d’appétits dans les médias.
Des négociations ultra-confidentielles se sont ainsi déroulées au printemps dernier entre la famille Dassault, propriétaire du groupe Figaro, et l’entourage de Bernard Arnault, propriétaire des Echos. Négociations confirmées côté Dassault. Il s’agissait de mettre en place un axe libéral, pour rapprocher certaines activités des deux groupes de presse et créer des synergies, en échangeant une part du capital. Ces négociations au plus haut niveau ont cessé avant l’été.
L’ombre de la campagne est évidemment lisible derrière l’acquisition du Monde par le trio Bergé-Pigasse-Niel. Les deux premiers s’affichent volontiers à gauche de l’échiquier politique, Xavier Niel restant discret sur ce point. Vieux soutien de Libération, Pierre Bergé avait supporté Ségolène Royal lors des dernières présidentielles, tandis que Mathieu Pigasse compte parmi le cercle des partisans de Dominique Strauss-Kahn. Le jeune banquier rêve bien-sûr d’apporter à son champion ce précieux levier d’influence.
L’approche de l’élection présidentielle fait et défait aussi les carrières. Jean-Luc Hees, homme de gauche qui ne s’en cache pas, aurait-il été désigné à la tête de Radio France si Nicolas Sarkozy ne redoutait, après le changement de mode de désignation des patrons de l’audiovisuel public, une avalanche de procès en manipulation ?
Rémy Pfimlin, lui, doit incontestablement son poste à l’approche de l’échéance présidentielle. Son image politiquement neutre – et des réseaux efficaces – lui ont permis d’emporter la présidence de France Télévisions au nez et à la barbe du favori, Alexandre Bompard. La candidature de l’actuel patron d’Europe 1 ne s’est jamais remise de la publicité faite par Alain Minc, conseiller de Nicolas Sarkozy, qui l’avait recommandé. Bompard a souffert aussi de son passé politique d’ex-conseiller technique au début des années 2000 auprès de François Fillon, alors ministre des affaires sociales et du travail. Après des semaines de polémique, il a appris à ses dépens la violence du couple politique-média chauffé par le contexte d’une présidentielle toute proche.
Le deuxième élément susceptible de jeter de l’huile sur le feu, c’est le nombre record de médias actuellement mis en vente, dans un paysage médiatique éprouvé, acculé, qui n’a jamais été aussi instable. Actuellement, les négociations autour de la vente du Parisien-Aujourd’hui en France, très lu notamment au sein des rédactions des chaînes de télévision, est sous haute surveillance du pouvoir politique. La Tribune se cherche activement un actionnaire prêt à investir 15 millions d’euros. Libération cherche aussi des fonds, comme le groupe Sud Ouest ou le Groupe Hersant Médias (Paris Normandie ou les gratuits Paru Vendu). Marie Claire est lâché par Lagardère, son actionnaire à 40%, qui souhaite explicitement se désengager et l’avenir de France Soir fait l’objet de conjectures.
Autant de dossiers potentiellement ouverts au cocktail explosif d’argent, de politique et de médias, qui font du paysage médiatique actuel un intéressant et dangereux champ de mines.
Rémy Pfimlin a tranché. L’animatrice Sophie Davant remplacera donc Jean-Luc Delarue à la présentation du magazine qui porte bien son nom, Toute une histoire.
Le mandat d’un président de France Télévisions est toujours riche en rebondissements, en polémique et en cas délicats. Ce n’est pas Patrick de Carolis, à qui l’on aura tout fait ou presque, qui dira le contraire. Ni son lointain prédécesseur Jean-Pierre Elkabbach qui avait chuté, lui, des suites de l’affaire dite « des animateurs-producteurs » représentés à l’époque par leur figure de proue, un certain Jean-Luc Delarue. La nouvelle affaire Delarue sert de baptême du feu au patron de France Télévisions qui, très adroitement, n’a pas raté l’occasion de poser en gardien de la morale du service public. Joli coup.
Dans ces moments de crise nerveuse qui secouent France Télévisions comme une épilepsie chronique, rares sont les occasions où le patron a vraiment le choix. Il est tenu par le respect des contrats, les contraintes de l’audience, le chiffre d’affaires à produire et bien d’autres éléments dans une maison où la liberté de manœuvre du dirigeant est faible. Il est coincé entre l’Etat, ses statuts spécifiques, ses règles propres ignorées de ses concurrents privés TF1 ou M6.
Dans cette affaire, Rémy Pfimlin avait le choix. Certes, le programme fonctionne bien. Toute une histoire s’est offert un record en part d’audience sur les 4 ans et plus le 10 juin dernier avec 19,7%. Il est vrai que le thème avait de quoi coller la ménagère à l'écran : « Un criminel dans la famille ».
Mais, placé entre 14h et 15 h en tout début d’après-midi, Toute une histoire se situe dans les eaux les plus basses de l’audience de la télévision toutes chaînes confondues. Les revenus de la chaîne à cet horaire sont faibles : on est loin de la caisse-enregistreuse du prime-time.
C’était l’occasion ou jamais de rappeler les règles et de moraliser l’antenne... sans prendre de risques excessifs. Et c’est tout à l’honneur du nouveau président de France Télévisions d’avoir posé, en « père de famille » responsable, les limites de l’exercice d’animateur du service public. La morale est sauve. Ou presque, car si Rémy Pfimlin devait écarter de l’antenne l’ensemble des consommateurs de substances illicites de sa vaste maison, il y a fort à parier que les grilles de programme prendraient des allures de gruyère gonflé à l'oxygène. Il ne fallait donc pas se faire prendre : Delarue s’est fait pincer. Le monde de la télévision est impitoyable…
Serge Dassault aura fait mentir ceux qui le voyaient déjà à la tête d’une énorme machine de guerre pro-sarkozyste. L’avionneur ne sera pas le propriétaire du Parisien-Aujourd'hui en France.
Cette décision prend à rebrousse poil la plupart des analyses faites jusqu'ici sur ce dossier politico-médiatique explosif. L'intérêt économique de l'avionneur, situé politiquement du côté de la majorité présidentielle, aura été plus fort que son intérêt politique éventuel.
Le sens des affaires l’a emporté
Dassault reste un homme d’affaires. Or, sur le plan économique, le Parisien demeure un dossier délicat. A l'imprimerie, à la société de distribution comme à la régie du Parisien, les synergies avec Le Figaro n'étaient pas évidentes. Elles étaient pourtant indispensables pour accroitre la faible rentabilité du Parisien et donner un sens économique à l'opération.
Pour Marie Odile Amaury, qui pilote le groupe propriétaire du parisien et de L’Equipe, le champ des repreneurs possibles se resserre. Ils sont deux, Vincent Bolloré et le tandem Fondations Capital-groupe Rossel, à avoir déposé une offre.
Et maintenant ?
L’un est un nouvel entrant dans les médias. Quelles synergies trouvera-t-il avec Le Parisien ? Il a en tous cas jusqu’ici prudemment laissé Dassault en première ligne, signe d’un appétit mesuré… ou d’une volonté de négocier les prix très bas.
Le tandem Fondations Capital-groupe Rossel, de son côté, exigera du Parisien une forte rentabilité, condition indispensable aux fonds d’investissements pour que l’opération ait un sens. Ce qui ne tirera pas non plus le prix vers le haut.
Chez les « deal makers » des médias, on évalue le dossier Parisien à 100 millions d’euros grand maximum. Un prix technique qui peut varier, à la hausse en cas de compétition acharnée entre plusieurs groupes, ou à la baisse dans le cas contraire, mais qui reste loin des objectifs de Marie-Odile Amaury. La patronne du groupe de presse souhaitait tirer de cette vente 200 millions d’euros.
Elle fait face aujourd’hui à deux possibilités. La première, c’est une compétition acharnée entre les deux concurrents restant, voire avec un troisième surgi du Diable Vauvert, hypothèse théorique à ce jour. La seconde possibilité, c’est un retrait pur et simple du marché. Marie-Odile Amaury engagerait alors très vite les réformes nécessaires pour restaurer la rentabilité de son groupe de presse.
En attendant, le duel des géants de la presse aux abords des élections présidentielles n’aura pas lieu. Le Monde du trio Bergé-Niel-Pigasse, à gauche de l’échiquier politique, ne heurtera pas le canon double Le Figaro-Le Parisien de Serge Dassault, homme politique de droite et industriel. Tant pis pour le spectacle.
Le Parisien reste finalement à la maison. Il ne sera pas vendu. L’annonce a été faite ce vendredi 5 novembre au personnel. Un soulagement pour les salariés du titre acquis par la famille Amaury à la Libération, issu du Petit Parisien célèbre avant guerre.
Plusieurs éléments ont joué dans cette volte-face stratégique.
Les offres d’abord. Elles ont été finalement très peu nombreuses. Seules trois offres fermes semblent avoir été déposées. Celle de Dassault d’abord, puis celle du fonds Fondation Capital associé au Belge Rossel et enfin celle de Vincent Bolloré. Aucune n’est finalement retenue, et pour cause.
Les prix proposés ont été très inférieurs aux montants espérés : c’est le deuxième élément. Dans un contexte économique très dur pour la presse, la présidente du groupe Amaury a eu du mal à justifier les 200 millions d’euros attendus. Le quotidien est certes très beau, avec une diffusion proche de 500 000 exemplaires, mais il est peu rentable. Sur le plan financier, il pouvait du coup intéresser un industriel à condition que ce dernier fût capable de dégager de fortes synergies. Ou un fonds d’investissement à condition de restaurer une rentabilité forte. En renonçant à faire une offre, l’industriel Serge Dassault a répondu que c’était impossible. En proposant un prix bas (100 millions d’euros semble-t-il), le tandem Fondations Capital-Rossel et le financier Bolloré ont répondu que c’était possible, à condition d’acheter… bon marché.
Le défi se pose aujourd’hui dans les mêmes termes à Marie-Odile Amaury et à son tout nouveau directeur général Philippe Carli, ex-Siemens. C’est le troisième motif, incontestablement, de cette volte-face. Riche et dénué de dettes, le groupe Amaury reste évidemment le mieux placé pour réformer le groupe sans le poids financier d’une acquisition. Philippe Carli aura lui aussi pensé qu’il était possible de rentabiliser les considérables investissements consentis par Amaury dans Le Parisien depuis des décennies. Comment ? C’est aujourd’hui la question qui se pose chez les salariés qui craindront certainement d’en faire les frais.
Des salariés fatigués des allers et retours stratégiques éprouvants nerveusement. La vraie fausse vente du Parisien laissera des traces dans le moral des troupes. Philippe Carli devra consacrer du temps et des soins à les effacer.
Comment rénover un monument du « Bien » aussi emblématique que le Téléthon ? Ce problème complexe, c’est celui de Rémy Pfimlin. Le nouveau président de France Télévisions est bien contraint de s’y coller. Les audiences sont tombées sous la barre des 10% sur France 2, les dons chutent (-10% entre 2008 et 2009) et les critiques pleuvent. Faut-il concentrer le programme sur quelques heures plus fortes, plus denses ? Sans doute. C’est l’aspect technique du dossier, finalement le plus aisé. Derrière cette facette de conception pure, se posent d’autres questions, plus lourdes.
Le monument caritatif lancé voilà 24 ans par Bernard Barrataud subit les attaques dont France Télévisions doit tenir compte.
Pierre Bergé reproche à l’émission de capter la lumière du monde associatif tout entier, et spécialement de celui qui lui est cher, la lutte contre le sida. Le 20 novembre 2009, dans l’émission Parlons net sur France Info, le président du Sidaction attaquait bille en tête. « (…) 100 millions d’euros pour le Téléthon ne servent à rien. Les organisateurs du Téléthon ont trop d’argent, ils achètent des immeubles (…). Le Téléthon capte la générosité des Français d’une manière populiste en montrant des enfants myopathes, en exhibant le malheur des enfants. Je trouve cela absolument inadmissible », s’emportait-il.
Détourner la générosité
Mais voilà, les gens donnent de leur plein gré, pour une cause précise. Ils sont touchés par le malheur de l’enfance, parce que l’enfance incarne l’innocence. C’est cette cause qui a jusqu’ici, à l’invitation d’un homme charismatique, Bernard Barratier, mobilisé les médias, les téléspectateurs, les bénévoles. Peut-on détourner leur générosité ? Rediriger leurs dons à leur corps défendant ? Donner un porte voix aux enfants myopathes et siphonner les dons vers des œuvres que les donateurs, peut-être, désapprouvent ? Le Sidaction, qui recueille 6,5 millions d’euros contre 95 millions pour le Téléthon 2009, a moins de ressources financières. Peut-on en faire le reproche au Téléthon ? Grotesque. Alors que faire ? Pierre Bergé et d’autres avec lui rêvent-ils d’un Associationsthon ? Mais quelles associations privilégier ? Comment toucher le public sur les objectifs de dix, vingt, trente associations ? Comment, surtout, laisser libre le donateur de la destination de ses dons ? Comment, par ailleurs, garantir aux donateurs que leurs dons soient utilisés conformément aux règles éthiques qu’ils souhaitent appliquer ? Si le temps d’antenne est partagé entre plusieurs associations, il y a fort à parier que les myopathes ou les œuvres destinées à l’enfance tirent aussi leur épingle du jeu. On peut parvenir à forcer la main de l’Etat, des politiques, des entreprises… On ne force pas les dons des particuliers sauf à les requalifier en… impôts. La générosité ne se décrète pas. Il faudra bien séduire. Le public, et les chaînes de télévision.
N.B. Les salariés de CB News publient le 18 novembre ce communiqué : "Le Tribunal de Commerce de Nanterre a prononcé ce matin la liquidation de la société CB News Editions, suivant ainsi le souhait des salariés. Les 69 personnes -50 CDI et 19 CDD et pigistes- concernées, profondément attachées au titre, avaient dénoncé les offres de reprise, qui ne proposaient ni projet d’entreprise, ni projet éditorial digne de ce nom. Ainsi disparaissent un magazine publié chaque lundi depuis 24 ans, une newsletter adressée chaque jour depuis 10 ans à plus de 35 000 abonnés, un vidéo mail et une CB Webletter hebdomadaires, des prix annuels, des guides… et une certaine idée de l’indépendance de la presse spécialisée".
Triste épilogue. MB
CB News agonise et c’est tout un symbole. Celui des difficultés mortelles de la presse. Celui de la difficulté à rester indépendant. Celui de la publicité en crise. Celui de la concurrence menacée dans l’information.
Créé, porté par Christian Blachas, CB News a longtemps incarné la publicité à la française, la création flamboyante et drôle, à l’image de l’émission que l’homme a présenté longtemps sur M6, Culture Pub. Il y a chez Christian Blachas un brin de folie mousquetaire. Il en fallait pour créer Stratégies, Culture Pub, puis CB News face à Stratégies, un titre qu’il avait lui-même solidement installé dans le paysage et qui demeure seul aujourd’hui. L’homme était brillant, sympathique. Il incarnait à merveille l’époque où la publicité faisait tout : le succès des produits, des entreprises, des hommes qui se consacraient à cette profession atypique, qui distrayait et faisait rire dans les chaumières. Depuis, quelque chose s’est brisé. La rupture, au moins symbolique, correspond peut-être à la parution du roman au vitriol de Frédéric Beigbeder, fameux publicitaire, qui se servira de son art pour lui creuser un tombeau dans 99 francs. Les groupes publicitaires demeurent puissants, se développent, se professionnalisent chaque jour davantage pour s’adapter à la multiplication des médias, aux méandres d’une opinion de plus en plus difficile à cerner, à rassembler et à séduire.
Une responsabilité à éclaircir
Mais les années folles sont révolues. On ne se bat plus dans les écoles de commerce pour se lancer dans la publicité. Les salaires ne dépassent plus l’imagination pourtant fertile des créatifs. Le public renâcle, pince le nez, s’agace. Les annonceurs du coup prennent moins de risques, ce qui amplifie la tendance. Alors, le porte-drapeau de la création publicitaire chancelle et c’est aussi une mauvaise nouvelle pour les agences. Stratégies reste seul sur le pré comme demain, peut-être, Les Echos resteront seuls sans La Tribune qui se bat face à ses difficultés financières.
Le rétablissement de la conjoncture en 2010 aura été insuffisant pour permettre à CB News de survivre. Ce titre emblématique était seul, indépendant face à un concurrent solidement appuyé sur le groupe anglo-néerlandais Reed Elsevier. Le pot de terre face au pot de fer. Et l’enfer pour ses salariés et ses journalistes qui ne méritent pas ce sort.
Le monde de la publicité le regrettera sans doute, mais qui se préoccupe de regrets ? Publicis Conseil a publié dans le magazine un cœur brisé en signe d’adieu. Mais il y a sans doute une responsabilité à éclaircir dans cette mort, celle du monde de la publicité qui aura abandonné ou n’aura pas su sauver sa précieuse mais fragile vitrine. Et qui en sera aussi la victime.
Après le départ d’Alexandre Bompard, Arnaud Lagardère reprend sa quête d’un successeur à la présidence d’Europe 1. Un exercice qu’il connait bien pour l’avoir assumée à plusieurs reprises. « Nous changeons de patron tous les deux ans, c’est épuisant », râle un journaliste. L’héritier de Jean-Luc s’occupe seul de cette tâche, a tenu à préciser son entourage. « Nous n’avons aucune inquiétude pour trouver un nouveau président », précise Ramzy Khiroun, le communiquant du groupe. Arnaud Lagardère s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour trouver la perle. Plusieurs noms reviennent, comme ceux de Xavier Couture ou de Marc-Olivier Fogiel. La rumeur cite aussi Didier Quillot, le patron de Lagardère Active pour reprendre en direct les rênes d’Europe 1 qui fait partie, avec la presse, de ses attributions. Mais Xavier Couture est d’abord un homme d’audiovisuel, Marc-Olivier Fogiel n’a pas l’expérience de la gestion d’une entreprise de cette taille et on lui prête l’envie de retourner vers la télévision. Enfin, Didier Quillot, occupé à de lourdes tâches avec Lagardère Active, n’a pas non plus le profil d’un homme de radio. Parmi les candidats cités, Axel Duroux cumule pas mal d’atouts. L'ancien redresseur de RTL et de Fun Radio connait parfaitement le média, il a prouvé son savoir faire. Très discret depuis son départ mouvementé de TF1, l'homme aime les paris difficiles. Arnaud Lagardère fera-t-il appel à lui ? Duroux accepterait-il de reprendre Europe 1 avec une superficie de responsabilités inférieures à celles qu’il avait à RTL ? Dans le cas contraire, Arnaud Lagardère pourra toujours piocher chez les jeunes loups de TF1, de M6 ou de sa propre maison et miser sur leur capacité à s’adapter. Car la radio reste un média particulièrement fin, délicat à piloter. Le poste sera d’autant plus sensible que le prochain patron d’Europe 1 devra gérer les tensions inévitables de la période électorale. Et la surprise du départ de son prédécesseur.
Merci !
« Merci ». Le mot, signé Europe 1, s’étalait en pleine page au dos du Figaro Economie du 23 novembre 2010. Quelques jours après la parution des sondages Médiamétrie, cette pleine page de publicité remerciait les auditeurs d’une « rentrée record » selon la station du groupe Lagardère. Le lendemain, mercredi soir 24 novembre, ce « merci » a pris un autre sens après l’annonce du départ surprise d’Alexandre Bompard pour la présidence de la Fnac, après une année qui restera sans doute dans la mémoire du jeune manager comme l’une des plus chahutée d’une carrière brillante. L’affaire s’est conclue semble-t-il rapidement. Arnaud Lagardère, le propriétaire d’Europe 1, aurait été prévenu mardi soir seulement. Le même jour à 19h30, Alexandre Bompard a adressé un petit e-mail à ses troupes : « Mes chers amis, comme vient de l'annoncer à l'instant même le groupe PPR, j'ai décidé d'accepter de prendre la présidence de la FNAC et je vais donc quitter mes fonctions à la tête d'Europe1. J'ai rencontré Arnaud Lagardère pour lui faire part de ma décision et je le remercie de l'avoir acceptée et comprise. J'ai évidemment également informé Didier Quillot ». Au siège du groupe Lagardère, le communiquant Ramzy Khiroun dresse lui aussi un bon bilan : « Alexandre Bompard fut un bon recrutement, dit-il. Il a redynamisé et rafraichi la grille, la maison est réorganisée, repositionnée, l’équipe est solide. Les relations avec Arnaud Lagardère s’étaient apaisées depuis août ».
Un beau redressement, inachevé
De fait, l’audience d’Europe 1 s’établissait à 9,1% lorsque Jean-Pierre Elkabbach en a lâché les rênes. Il laisse une maison en nette croissance, à 9,7% d’audience. Alexandre Bompard a inversé la pente. Le travail effectué sur les programmes est reconnu par tous. Côté publicité, Europe 1 fait une bonne année 2010. A novembre 2010, selon Yacast, la station de Lagardère tient la vedette dans sa catégorie avec une hausse de 14,2% de la publicité en durée contre une hausse modeste de 1,7% pour la famille des radios généralistes.
Le rebond très rapide du jeune manager en-dehors des médias laisse pour autant un goût d’inachevé. Europe 1 a gardé sa place de numéro trois des radios généralistes derrière RTL et France Inter, malgré la grève qui a handicapé cette dernière. La belle hausse continue a été ternie par un mauvais sondage avant l’été. Enfin, la dernière vague révèle des points faibles dans la grille. Son successeur devra s'y pencher.
Son arrivée à la tête d’un ensemble industriel aussi vaste que la Fnac fera vite oublier les dégâts causés à son image par l’incroyable épisode France Télévisions, dont la présidence a été attribuée à Rémy Pfimlin après des mois durant lesquels elle avait paru acquise au jeune manager d’Europe 1.
Les médias adorent ce genre d’affaires. En cette Journée de la jupe, Audrey Pulvar se voit soudain propulsée en martyre du machisme le plus abject, en agneau pascal du journalisme, en victime de l’amour : sa vie avec le récent candidat à la présidentielle Arnaud Montebourg lui coute son rendez-vous politique à l’antenne. On lui proposera d’autres émissions, lui a-t-on promis.
Pas de quoi calmer une polémique qui a tous les ingrédients du drame fabriqué. Dans le rôle de l’affreux vilain méchant macho, le directeur de la rédaction d’iTélé, Albert Ripamonti, qui essuie là son baptême du feu. Audrey Pulvar incarne à merveille la victime innocente, racinienne, prise entre son devoir et l’homme qu’elle aime. Le monde politique joue les chœurs offensés des grands opéras. Et le web bruisse comme jamais. Sollicité sur mon écran au nom de la journaliste d’iTélé, Google affiche bravement 415 articles consacrés à cette affaire majeure. Il passera à 416 avec celui-ci.
Difficile, ensuite, d’apporter des nuances, voire de susurrer un désaccord de fond. Pourtant, une compagne de candidat à la présidentielle n’est sans doute pas le casting idéal pour mettre sur le grill d’autres candidats à la présidentielle, encore moins son propre compagnon. Comment apaiser les états d’âme des téléspectateurs qui soupçonneront, à tort ou à raison, que telle question est particulièrement féroce, ou trop amicale ? Comment éteindre le doute durant la durée de la campagne ? Pas la meilleure façon non plus de lutter contre le sentiment de collusion entre politiques et médias qu’éprouve une large partie de l’opinion…
Celle qui a le mieux parlé de cette situation, avec une belle hauteur de vue, est journaliste. C’est une certaine… Audrey Pulvar. «C'est sûr que ce n'est pas le moment le plus agréable de ma vie professionnelle, mais je comprends », a-t-elle expliqué mardi matin sur Europe 1. « Je pensais pouvoir continuer encore quelque temps, mais la décision n'appartient pas qu'à moi, je fais partie d'une entreprise et je suis soucieuse de l'image de cette entreprise», a-t-elle ajouté. «Je savais que c'était inéluctable de toute façon. Que ça arrive maintenant ou dans quelques mois, ça ne change pas grand-chose ». (Elle redit son malaise dans un article de Libération aujourd'hui, ajouté ce 25/11/10). Elle en a parlé avec Arnaud Montebourg, elle considère que les femmes payent souvent, mais pas toujours. Elle a raison. Cette attitude plutôt noble n'a aucune raison d'être réservée aux femmes.
Lorsqu’Antoine Veil, mari de Simone, a vu décoller la carrière politique de son épouse, il a mis la sienne entre parenthèse. Sans qu’on le lui demande et sans qu’aucune bonne conscience, à l’époque, ne s’en émeuve. Il n’était pas journaliste, certes, mais le geste est le même.
Ce qui choque, ce sont plutôt les autres, ces journalistes politiques hommes ou femmes qui accompagnent des femmes ou hommes politiques sans remettre en cause leur activité. Est-ce une humiliation insoutenable d’abandonner le terrain politique 18 mois pour éviter les soupçons ? De s’intéresser, un temps, à d’autres sujets ? Les journalistes pardonnent décidément moins leurs situations de clair-obscur aux hommes politiques que l’inverse. Le public, lui, ne s’y trompera pas.
Comment n’y avait-on pas songé ? Miss France nous manquait tant durant les douze mois qui suivent l’élection... Gloire à Genevière Poirot dite de Fontenay qui, cette année, nous en offre deux, nées toutes deux dans son giron. La miss France élue sous la houlette du géant de la production Endemol (Loft Story, Secret story, La Ferme célébrités sans oublier l’indépassable Ile de la Tentation), reconnue pour sa morale infaillible et son goût très sûr, affronte ainsi dans un duel insoutenable une autre miss, miss Nationale, créature récente de la dame aux tenues carnavalesques et au maquillage outrancier. Combien de miss Geneviève nous sortira-t-elle de son chapeau, pour égayer les couvertures de magazine et alimenter les fins de journaux télévisés ? Sur le Net, on vote à qui mieux mieux pour élire la plus belle des deux. A défaut d’œuvrer pour la dignité de la femme, cette pacifique émulation dans la légèreté accumule les visites sur Internet sans fatiguer les neurones de personne. Sauf ceux de Geneviève. Après avoir fort bien vendu sa petite entreprise à Endemol, ce Pygmalion passé maître dans le marketing de l’accoutrement s’est brouillé avec l'entreprise qui a fait sa fortune. Elle a donc repris le travail qui l’a fait vivre, le négoce d’images de jeunes filles en maillots de bain. Et elle se donne du mal. Elle se disait épuisée hier après avoir délesté 500 intellectuels de 150 euros chacun pour assister au spectacle.
Gloire à Geneviève pour ce sommet de télévision devenu traditionnel, pour ce concept génial d’invention, qu’elle reproduit ainsi généreusement. Concept qui vit des médias et les fait vivre, sans épuiser personne d’autre qu’elle. « Rien de méchant », jugeront les fatalistes. Seuls quelques grincheux se demanderont si deux miss France, c’est une de trop ou deux de trop ?
C’est une vieille dérive qui passe inaperçue à force de la voir pratiquée à l’écran. Le vedettariat donne accès aux médias. Or journalistes TV, hommes politiques, acteurs, chanteurs … sont des vedettes. Alors, on donne tête baissée dans le mélange des genres.
En quoi Eric Cantonna, bon footballer et (bon ?) acteur est-il légitime pour analyser les causes de la crise et attaquer les banques ? Michel Drucker et Laurent Ruquier ont-il les compétences requises pour choisir de rendre sympathique une heure et demi durant sur le service public Olivier Besancenot, que le premier a reçu aimablement, et non Marine Le Pen, que tous deux refuseraient de recevoir ?
Parmi ces téléspectateurs, des opposants virulents et des électeurs de Marine Le Pen.
Cantonna fait comme si les Français le prenaient au sérieux sur un sujet complexe, fort éloigné du ballon rond : son initiative a fait flop. Michel Drucker, mais aussi Laurent Ruquier, Mireille Dumas et bien d’autres animateurs font comme si leurs émissions n’influaient pas le public, en invitant régulièrement les élus de leur choix. Sans règle d’équité. Les téléspectateurs ne sont-ils pas suffisamment adultes pour juger de la pertinence ou non d’un leader politique ?
Au fond, le souci, ce n’est pas que Michel Drucker refuse d’inviter Marine Le Pen dans une émission où l’empathie tient la première place. L’empathie ne se décrète pas. Le souci, c’est qu’il ait invité dans la même émission Besancenot, Chirac, Bayrou, Hollande et nombre d’hommes et de femmes politiques, ravalés au rang des stars, acteurs, chanteurs et autres vedettes, traités comme eux, sur le même pied. Or un élu n’est pas une star du show biz, son métier ne consiste pas à distraire le public mais à s’occuper de l’intérêt général du pays. Ses opinions donnent lieu à débat. Cette distinction fondamentale devrait susciter chez nos donneurs de leçons du show biz ou du sport une certaine modestie avant d’aller gambader sans retenue sur le terrain de la politique. Elle devrait inciter les grands médias à éviter le mélange des genres.
Mais, répondent les chaînes, ce mélange contre-nature, c’est la seule manière d’intéresser les Français à la politique ! Les émissions politiques n’ont plus d’audience. Pas faux. Ainsi, si demain la téléréalité parvient seule à fédérer de larges publics, on enfermera les candidats à la présidentielle six mois en vase clos sous les caméras, façon Loft Story. On guettera les dérapages, on adorera la nouvelle Loana. Et c’est vrai qu’on risque de beaucoup s’amuser…
Certes, on vous expliquera que tel livre, tel journaliste, tel homme politique l’avaient bien dit. La Tunisie n’était pas le Paradis vendu par les affiches du métro pour le Club Med et ses concurrents. Derrière les plages de rêves, le régime était un peu plus musclé, un peu moins avenant que les photos touristiques retouchées sur photoshop, un peu moins souriant que les jeunes filles des catalogues, posant tout sourire en costume traditionnel sur fond de mer turquoise.
Soit. Mais ces observateurs sans concession, qui les avait lu et entendu voilà quinze jours ? Pas le grand public en tous cas qui est tombé du canapé en entendant sur ses écrans de télévision ce remake tunisien de la fuite à Varennes. En France, Michelle Alliot-Marie n’était visiblement pas mieux informée que ses administrés.
D’où quelques questions que nos médias, toujours durs aux politiques et tendres à eux-mêmes, n’ont pas posé. Pourquoi le grand public hexagonal, si proche de la Tunisie pas seulement par le nombre des kilomètres, ignorait-il à ce point l’état d’esprit de ce pays ? Pourquoi les Français, si bien informés des turpitudes des régimes autoritaires les plus éloignés de sa culture et de ses frontières, de la Chine à la Corée du nord en passant par la Lybie, l'Iran et bien d’autres, ne savait-elle rien de la nature du régime politique au pouvoir en Tunisie ? Pourquoi l’Algérie et le Maroc sont-ils régulièrement cloués au pilori et non la Tunisie ?
Est-ce cette gêne à parler d’un régime qui fut progressiste avant de glisser vers la dictature ? A-t-il manqué à la Tunisie, pour exciter l’esprit critique des médias français pourtant prompts à l’exercice, une incarnation du mal médiatique, comparable à l’islamisme en Algérie ? A-t-il manqué un enjeu commun avec la France, un écho aux problématiques hexagonales ? Le passé complexe, celui de la colonisation, a-t-il annihilé l’esprit d’observation et la mission d’informer ? Le pays est-il tout simplement trop petit ? Les rédactions surchargées ?
Machinalement, comme d’habitude, les médias français préfèrent se gausser de leurs responsables politiques plutôt que de se poser sur eux-mêmes les questions qui dérangent. Questions sans réponses …
Chamboule tout dans les états-majors de la presse quotidienne nationale. En quelques semaines, Marc Feuillée, débauché à L’Express, aura remplacé Francis Morel à la direction générale du Figaro, Erik Izraelewicz, venu de La Tribune et des Echos, s’il est validé par un vote à 60% de la rédaction du Monde, y remplacera Eric Fottorino, et Laurent Joffrin aura quitté Libération pour Le Nouvel Observateur, propriété de Claude Perdriel comme Challenges. Sauf surprise, Nicolas Demorand, ancien matinalier de France Inter passé à Europe 1 à la rentrée, prendra prochainement les fonctions de co-directeur de Libération.
Un conseil de surveillance se réunit demain après-midi. Selon toute vraisemblance, la nomination du successeur de Laurent Joffrin devrait intervenir à cette occasion. Sauf si Edouard de Rothschild, l’actionnaire de référence de Libération, joue la montre ? Joint mardi 25 janvier, la veille du conseil de surveillance, par le magazine Les Inrocks, Edouard de Rothschild botte en touche. « Je ne présenterai aucun candidat, le calendrier n’est pas celui-là, dit-il. Il n’en a jamais été question. Bien-sûr, j’étudie certaines pistes mais je ne désignerai personne demain ».
Si le choix de Nicolas Demorand est bien acquis, rien n’oblige en effet l’actionnaire à officialiser sa décision demain. L’attente peut répondre à une stratégie de prudence vis-à-vis de la rédaction. Elle peut aussi compliquer la donne en réactivant les divisions internes. Le conseil du 26 janvier sera très suivi.
Dans ces trois paquebots de la presse quotidienne nationale, les enjeux sont largement connus : relancer les ventes, définir la place du web et des nouveaux médias dans la stratégie, donner un cap à ces entreprises dans une période de mutation profonde.
Ce qui change, c’est la situation de chaque entreprise. Equilibrée, en voie de recapitalisation de 12 millions d’euros pour Libération, déficitaire pour le quotidien Figaro dans un groupe rentable, déficitaire dans un groupe déficitaire pour Le Monde. La tâche des nouveaux venus n’aura rien d’évident.