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"Je supprimerai dès mon élection le pouvoir de nomination du président du groupe France Télévisions et de Radio France par le seul président de la République", a tranché François Hollande dans sa réponse à Arnaud Montebourg.
La holding de télévision publique vit une période difficile. Les nouvelles émissions mises à l’antenne cette année ne décollent pas et le patron de France 2, Pierre-Yves Robin, a été remplacé par Bertrand Mosca. On bat des records d'audience à la baisse.
La faute aux règles de nomination du président ? A Remy Pfimlin ? Les deux, sans aucun doute, mais surtout à l'Etat. On ne fait pas moins co,nfortable que le berceau de France Télé. Quelle entreprise en France résisterait à l’instabilité et au manque d’indépendance dans lequel évolue le groupe ?
Instabilité, d’abord. Depuis 1987, France Télévision a connu sept présidents, de Philippe Guilhaume à Rémy Pfimlin. A chaque fois, les nouveaux arrivés ont remis à plat les équipes de tête, modifié la stratégie, réorganisé (et donc désorganisé) ce vaste ensemble qui compte aujourd’hui quelque 10 000 salariés. Durant la même période, TF1 et M6 ont connu chacune deux présidents : Patrick Le Lay et Nonce Paolini pour TF1, Jean Drucker et Nicolas de Tavernost pour M6.
Cette instabilité constitue un luxe auquel l'Etat a pu céder sans trop de dommage dans un paysage réparti entre trois grands acteurs. Ce luxe, France Télévisions le paye désormais très cher dans un paysage de 17 chaînes gratuites voué à s’étendre encore. Ce n’est pas un hasard si M6, la chaîne au management le plus ancien est aussi celle dont l’audience a le mieux résisté ces dernières années. L’instabilité des hommes, des organisations et des stratégies est aujourd’hui le handicap majeur de France Télévisions.
D'innombrables boulets
Il n’est pas le seul. Le deuxième handicap, qui découle en partie du premier, c’est celui de la dépendance. Dépendance à l’Etat d’abord, renforcée en effet par la décision de Nicolas Sarkozy de nommer lui-même le président du holding. Il n’y avait pas mieux à faire pour en affaiblir encore l’autorité. En affirmant sa volonté d’abandonner cette procédure, François Hollande règlerait une partie du problème. Une partie seulement, car la dépendance s’entend aussi par rapport à l’Etat qui apporte, depuis la suppression de la publicité après 20 heures, la quasi-totalité du budget de la holding de télévision publique. Cette situation biaise les priorités de l’entreprise : ses objectifs ne sont plus ni l’économie, ni l’audience. Ils se perdent du coup dans l’échevau des objectifs qualitatifs impossibles à évaluer, des volontés politiques diverses et contradictoires, des humeurs du président de la République, des stratégies personnelles de ses cadres dirigeants, des jeux d’influence de quelques gourous et par-dessus tout de l'intense travail des lobbies de toutes sortes, extraordinairement actifs autour de France Télévisions.
On voit mal par quel miracle, lesté de ces boulets, le coureur France Télévisions pourrait bien gagner une course qui nécessite de plus en plus de clairvoyance, de vélocité et de muscle...
France Soir s’apprête à basculer sur le web au prix d’un lourd plan social. Le jeune russe Alexandre Pugatchev aurait englouti 60 millions d’euros. Dernier rebondissement d'un douloureux parcours.
Le vers du déclin est en réalité dans le fruit France Soir depuis l’époque de Pierre Lazareff, période qui parait aujourd’hui bénie. C’est pourtant sous la direction de ce journaliste emblématique de la toute puissance de la presse d’autrefois que les ventes du quotidien commencent à décliner, après le pic atteint à la fin des années 1950 à 1,5 million d’exemplaires.
Le déclin n’a jamais cessé depuis. Pourquoi ? Parce qu’un journal a « des gênes », dit-on, une identité profonde. Cette identité profonde, c’est pour France Soir celle d’un titre d’information chaude, généraliste, apolitique, très grand public.
Cette mission, elle fut reprise par l’ORTF et Europe 1 : l’arrivée de ces deux médias explique la baisse relative de France Soir. Elle est depuis l’apanage des chaînes et des radios généralistes, TF1 et RTL en tête. C’est cette révolution technique et culturelle qui a permis à d’autres médias de se substituer à l’incontournable France Soir, média d'information de masse, lequel ne s’en est jamais remis.
Comment France Soir jouera-t-il ce rôle historique sur Internet ? En jouera-t-il un autre et lequel ? Ce sera difficile. Car l’information grand public est aujourd’hui l’apanage des grandes chaînes généralistes. Qu’elles-mêmes ont bien du mal à conserver leurs audiences. Parce que la révolution technologique en cours va dans le sens inverse de ces grands portails fédérateurs. Parce que les médias pullulent désormais, presse, radios, télévisions, sites Internet. Parce que la société française elle-même se divise très rapidement, au même rythme que ses médias, en communautés ou en affinités, devenues difficiles à fédérer en dehors des grands rendez-vous sportifs.
Pour survivre, la presse doit aujourd'hui adopter un positionnement précis, unique.
France Soir est depuis longtemps maintenant un grand fantôme du passé. Il le reste. Un fantôme peut-il mourir ?
Avec des campagnes de cette qualité, la publicité n’a plus besoin d’ennemis. Accusée de chercher un second souffle, la pub montre dans les visuels de Benetton son pire visage. Un visage affligeant de facilité, de grégarisme et, pour tout dire, de mépris du public comme de la publicité elle-même.
Facilité parce que faire s’embrasser des opposants dans des montages photographiques, à l’époque où chacun a accès à Photoshop, relève d’un travail bâclé de première année d’école de pub.
Facilité parce que susciter l’intérêt et le rire (mais qui a ri ? Allez, souri ?) en plaçant malgré elle une personnalité dans une situation qu’elle n’aurait pas choisi a quelque chose de malhonnête et de violent. C’est amusant que Benetton n’ait pas songé à nous montrer ses dirigeants embrassant à bouche que veux-tu leurs premiers concurrents. Ou son directeur du personnel embrassant les salariés qu'il a virés…
Facilité parce que cette provocation n'en est pas une, tant on peut se moquer tous les jours en France et en Europe d’un chef d’Etat ou du pape sans prendre le moindre risque. On cherche là en vain le moindre mérite artistique, politique ou social. Le seul risque pris, c’est celui de heurter gratuitement quelques passants ultra-minoritaires qui n’ont rien demandé et qui subiront impuissants un média, l’affichage, qu’on ne peut éviter (à la différence d’une publicité télévisée, radio ou Internet qu’on peut toujours zapper).
Car qui cela choque-t-il encore de voir manipulés, ridiculisés et utilisés en hommes sandwich ceux qui voilà longtemps détenaient un certain prestige dans nos société ? L’exercice est pratiqué tous les jours, dans tous les médias. Pas de transgression, pas d’effet de surprise. Sous de grands airs bravaches, Benetton s’attaque, avec la politique et la religion, aux symboles les plus fragilisés de la société contemporaine.
Enfin, il y a derrière ce message simpliste – s’embrasser, c’est mieux que se disputer : embrassons-nous, Folleville ! - la naïveté dangereuse de ceux qui n’admettent plus que s’opposent différentes visions du monde.
Il est sans doute plus facile de se draper dans le respect des diversités politiques, culturelles ou religieuses que de défendre les individus qui les incarnent. Plus facile de mépriser les acteurs de la société que d’agir soi-même voire de se déplacer pour aller voter. Plus aisé de mépriser le public que de le séduire. « Vulgaire et pathétique », a résumé l’ancien homme orchestre de la publicité de la marque, Oliviero Toscani. On ne saurait mieux dire.
La campagne « Unhate » de Benetton ne reflète pas les talents et les préoccupations d’un secteur publicitaire qui se réinvente, qui travaille, avance et continue à créer. Elle le trahit.
C’était il y a un an pile. Dans son bureau du huitième arrondissement, l’ancien dirigeant de TF1assurait avec véhémence au journaliste venu le visiter : « Le monde du foot aurait dû m'élever une statue en or dans le hall de la Fédération. On a arrosé les clubs. Mais au lieu de mettre de l'argent de côté, les joueurs achetaient des Ferrari ! »
C’est la bonne fortune du football. Comme les danseuses de la belle époque, le ballon rond passe de mécène en mécène. Après Patrick Le Lay, la Fédération aurait pu élever une statue en or à un autre dirigeant de l’audiovisuel. Le patron de Canal+ et du bouquet CanalSat, Bertrand Méheut, a arrosé d’argent le football durant des années pour tenir la distance face à son concurrent, le bouquet de télévisions par satellite TPS. Canal+ a fini par absorber TPS, ce qui lui vaut aujourd’hui de se faire tirer l’oreille par l’Autorité de la concurrence.
L’avenir des mines d’or offertes au football a paru un instant compromis. Fiasco de la Coupe du monde, déficits prodigieux accumulés dans les clubs français accoutumés à vivre au-dessus de leurs moyens, absence de grands concurrents à Canal+ pour faire monter les enchères, l’âge d’or (au sens propre) semblait fini. Le sport allait enfin se dégager de l’afflux excessif d’argent, se réjouissaient les puristes. Mais il y a sans doute un Dieu pour les enfants gâtés du football et les vendeurs de Ferrari.
Après TF1, après le tandem TPS- Canal+, voilà que surgissent des sables… les Qataris. Cette divine surprise tient du mirage. Leur chaîne française Al Jazeera Sports n’existe pas, elle est encore à l’état de projet. Elle n’a d’autre salarié connu que Charles Bietry, ancien patron des sports de Canal+ et de France Télévisions. Elle n’a pas de réseau de diffusion… Et pourtant, comme toujours avec les pays du golfe, le mirage deviendra réalité et verra finalement le jour, à coups de pétrodollars engloutis sans réserves (mais non pas sans compter) dans le projet. Combien ? Entre les droits acquis à ce jour, ceux qui restent à acquérir pour élargir le spectre des disciplines sportives offertes aux télépectateurs au-delà du seul football, et les frais de fonctionnement de la future chaîne, un rapide calcul porte les sommes investies ou à investir par les Qataris entre 180 et 200 millions d’euros minimum dans ce qui reste un fantôme pour quelques mois encore.
Le Qatar poursuivra sans doute encore ses emplettes dans les droits sportifs et Canal+ aura à cœur de ne pas se faire doubler trop souvent. La chaîne cryptée vient, ce vendredi 9 décembre, de faire monter les enchères à 50 millions d’euros (selon la chaîne) pour rafler in extremis les treize meilleurs matchs de la Ligue des champions. De leur côté, les grandes chaînes ont besoin des publics records du foot pour faire remonter leurs moyennes d’audiences et leurs tarifs publicitaires. Elles devront donc une nouvelle fois revoir leurs offres à la hausse. Le Qatar sert de lièvre. La course à l’inflation des droits du football est relancée. Les joueurs et les concessionnaires Ferrari ont de beaux jours devant eux.
Preuve supplémentaire du succès de la TNT en France : alors que le CSA distribuera six canaux supplémentaires en haute définition, les candidatures sont aujourd’hui au nombre de 34. Lors du lancement de la TNT, les candidats y venaient sur la pointe des pieds. Tellement prudemment que certains, comme TF1, avaient décidé de ne pas y aller du tout. Cette fois, c’est la ruée.
Il y aura donc des déçus. Car le CSA devrait consoler avec un canal HD les groupes TF1 et M6, auxquels on avait finalement retiré leur droit à obtenir des canaux compensatoires. Il devra encourager les groupes indépendants qui n’ont pas vendu leurs chaines : NRJ et NextradioTV devraient décrocher chacun un canal. L’Equipe TV, projet solide, soutenu par le Comité olympique, bien installé dans le sport avec son quotidien L’Equipe, sa filiale d’organisation d’événements sportifs ASO et les pages sport du Parisien Aujourd’hui en France, a de fortes chances de convaincre les sages. Le suspens repose donc sur un canal et un seul, le sixième. Qui pourrait bien séduire le CSA ?
Les éléments précis manquent encore sur les dossiers, mais quelques uns sortent du lot. « Le CSA cherchera à se pas briser les équilibres du secteur en privilégiant des chaînes aux économies modestes, de 30 à 35 millions d’euros, explique Philippe Bailly, chez NPA Conseil, pour ne pas bouleverser les équilibres fragiles de la publicité télévisée ». Le CSA recherchera aussi la créativité et l’innovation. Les sages seront enfin attentifs au potentiel d’audience et de chiffre d’affaires des différents projets, car la seule diffusion de la TNT HD (avant paiement des salaires, locaux etc.) coûtera cher, 10 à 12 millions d’euros par an. Lagardère (Elle TV) et le groupe Nouvel Observateur (propriétaire de Challenges et de Challenges.fr avec son projet 360 TV), associé à quatre autres acteurs des médias, pourront plaider l’appui de groupes solides, déjà présents dans les médias. Autre groupe de presse, Le Figaro (Meteo Consult) a plutôt choisi le créneau du service basique. La chaîne du patrimoine ou Fiducial auront les atouts d’une thématique vierge dans le paysage de la TNT gratuite. Mais parmi les nombreux candidats au sixième canal, les regards convergent sur TVous, la télédiversité.
Inconnu du grand public, le lobbyiste Pascal Houzelot (photo), ancien conseiller général, proche de l’ancienne direction de TF1, créateur et président de la chaîne communautaire gay Pink TV, a un carnet d’adresses bien rempli et les bras longs. Il sera sans doute la bête noire des nombreux candidats au sixième canal. Ses atouts : un plateau d’actionnaires prestigieux qui compte Jean-Charles Naouri (Casino), Xavier Niel, qu’on ne présente plus, Mathieu Pigasse (banque Lazard, Le Monde, Les Inrockuptibles), François-Henri Pinault (PPR, Le Point) et Jacques Veyrat (Eiffel Investment Group). Ils lui apportent un budget supérieur à 30 millions d’euros. Les handicaps de TVous : une thématique unique, la diversité, qu’on retrouve ailleurs dans le PAF et qui peine à générer de fortes audiences. Pascal Houzelot devra aussi affronter le bilan de Pink TV, qui ne publie plus ses comptes depuis 2007. Elle avait enregistré des pertes de 8,5 ME en 2005, 6,8 ME en 2006 et 1,6 ME en 2007. Les auditions auront lieu du 5 au 9 mars. Résultat des courses à la mi-mars.
Les deux papivores de la nouvelle génération, Mathieu Pigasse et Xavier Niel, seront derrière le lancement du Huffington Post français, lundi 23 janvier au matin, en présence d’Ariana Huffington elle-même et de Anne Sinclair, nommée directrice éditoriale de la version française.
Le HuffPo français est bien parrainé. A force de s’intéresser au secteur, le banquier Pigasse et l’industriel Niel ont accumulé un bel éventail dans les médias. Un tiers du Monde et une myriade de sites Internet pour Xavier Niel (Médiapart notamment), un autre tiers du Monde, le magazine Les Inrockuptibles et désormais 15% du Huffington Post français à titre personnel pour Mathieu Pigasse. Le jeune banquier montre un bel appétit médiatique puisqu’il est aussi derrière le projet de chaîne TVous porté par Pascal Houzelot, un lobbyiste influent déjà à la tête de la chaîne gay Pink TV.
Avec moins de dix journalistes permanents (contre 24 à Médiapart), le Huff Po français devrait être un acteur modeste du secteur des sites éditoriaux.
Reste que, de projet en projet, Xavier Niel et Mathieu Pigasse tissent leur toile dans les médias. Mathieu Pigasse, qui ne cache ni ses convictions de gauche, ni sa proximité avec le couple Strauss-Kahn, aura su convaincre Ariana Huffington de la capacité de Anne Sinclair à porter la campagne de lancement de ce petit site. Une stratégie de communication « hors publicité » qui fait irrésistiblement penser à celle de Xavier Niel pour le lancement de son réseau de téléphonie mobile.
Mais la présence d’Anne Sinclair suffira-t-elle à faire le succès du Huff Po français ? Incontestablement, cette personnalité éclaboussée malgré elle par le scandale du Sofitel et désormais célèbre dans le monde entier sait attirer les projecteurs médiatiques.
Pour autant, le choix d’Anne Sinclair parait surprenant et risqué.
Surprenant parce que le Huffington Post s’est lancé aux Etats-Unis sur l’opposition féroce d’Arianna Huffington au gouvernement Bush, avec un ton et un discours qui tranchaient sur celui des grands médias. Ancienne chroniqueuse conservatrice passée à gauche, la patronne du Huffington Post incarnait ce combat politique aux yeux du public.
Rien à voir avec l’image d’Anne Sinclair en France. L’ancienne présentatrice de 7 sur 7 incarne au contraire la figure lisse d’un journalisme empathique, consensuel, incarnation du politiquement correct. Un positionnement qui ne fait pas recette sur un réseau web amateur d’aspérités. D’où le risque. A cette image ancienne, l’épouse de Dominique Strauss-Kahn ajoute depuis la vraie fausse campagne de DSK et sa chute au Sofitel l’image d’une partisane marquée à gauche et volontiers aveugle, notamment lorsqu’elle compare l’affaire DSK à l’affaire Dreyfus. Ce marquage politique à gauche de l’échiquier politique place le site en concurrence avec d’autres (Mediapart, Rue 89…) qui auront l’avantage de l’antériorité et de moyens supérieurs. Servis par l’anti-sarkozysme, ces sites vont devoir gérer une configuration moins porteuse si François Hollande est élu président de la République.
Qui sera donc la Anne Sinclair du HuffPo français ? La journaliste consensuelle ? La militante socialiste ? Une autre Anne Sinclair, enquêtrice par exemple ? Saura-t-elle s’éloigner à la fois d’une image lisse et du soupçon partisan qui pèsera sur le HuffPo français ? Cette situation a suffisamment surpris et ému en interne au Monde pour que la Société des rédacteurs du quotidien s’en saisisse et obtienne des clarifications. Réponse lundi 23 lors de la conférence de presse.
La foule hérissée de micro et encombrée de caméras, ce lundi matin dans les locaux du Monde, disait en elle-même l’aggravation d’une tendance lourde : rien de mieux pour lancer un nouveau média que de faire intervenir une star.
Le Huffington Post a exploité mieux que personne cette ficelle de plus en plus en épaisse. Car les journalistes disposaient lundi matin non d’une star mais de deux : Arianna Huffington et Anne Sinclair, l’une symbolisant la liberté de ton outre-Atlantique, l’autre la télévision d’hier et la dure condition de la femme bafouée. Le célèbre banquier Mathieu Pigasse passait presque pour un anonyme dans cette frénésie médiatique : plus de 200 journalistes, des caméras, partout, des éclairs de flashs et des cris pour obtenir un regard, des bousculades… Une nervosité digne d’une visite d’Obama ou d’une élection présidentielle.
La cause de cette ruée ? Le lancement d’un site de… huit journalistes qui vise l’équilibre en 2014. Même dans sa catégorie des sites éditoriaux où croisent Slate, Rue 89 (désormais propriété du groupe Nouvel Observateur, l’actionnaire de Challenges) ou Mediapart, Le Huffington Post démarre petit. Le décalage décoiffe : un dispositif présidentiel pour un média vagissant… Les média traditionnels les plus prestigieux, radios, presse ou télévisions jusqu’à CNN elle-même, sont venus en rangs serrés assister à la naissance de ce nain du PAF.
Mais voilà, il y a des stars. Les médias dépendent de plus en plus de nos célébrités. Sans personnalité célèbre, pas de reconnaissance, pas de bruit médiatique, pas de couverture des confrères.
Le phénomène se généralise. On se souvient de Nicolas Sarkozy venu en personne encourager Relaxnews des frères Doncieux en 2004. On se rappelle Christine Ockrent gratifiant d’un discours fleuve et d’un véritable show les journalistes venus assister au lancement du quotidien gratuit Métro en 2002. Un livre récent (La Reine Christine, de Daniel Garcia, JC Gawsewitch) nous rappelle qu’elle toucha en 2007 pour ce rôle la modique somme de 212 000 dollars avant de repartir sous d’autres cieux. Mediapart a bien compris cette mécanique, qui capitalise sans réserve sur l’image d’Edwy Plenel.
Mais voilà, si cette stratégie attire indéniablement les caméras et impose une marque dans l’opinion – c’est déjà beaucoup -, notre média naissant doit ensuite faire la preuve de sa viabilité à long terme. Car les amateurs de stars ne sont pas nécessairement ceux qui s’intéressent le plus au suivi de l’information générale heure par heure que propose le Huffington Post. L'excitation retombée, l’éditorial seul fait alors la différence. La star fait du bruit, aide à mettre en selle, mais ne fait pas le succès. D’ailleurs, Slate, Rue 89, comme le récent Atlantico pour ne citer que les sites en ligne, ont réussi leur décollage sans l’appui omniprésent de stars populaires. Car le lecteur finit toujours par trancher selon son plaisir.
Anne Sinclair semble d’ailleurs jouer le jeu puisqu’elle ne touche pas de salaire et ne sera intéressée que si le lancement réussit. Mais on ne connait pas le détail de l’accord, ni le chiffre d’affaires envisagé. Le HuffPo français est moins avare de stars que de chiffres.